Jeudi 15 mai 2008
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14:30
Une manifestation à Strasbourg, c'est toujours quelque chose d'assez folklorique. Un peu comme une souris se battant avec un élephant ou
aussi naturel qu'un curé dansant la salsa (n'y voyez aucun anti-cléricalisme primaire, mais plutôt un anti-cléricalisme secondaire!). L'Alsace est aussi revendicative qu'un bovin allant à
l'abattoir, voire même un peu moins bien souvent ! même si Strasbourg et une ou deux autres grandes villes font un peu exception. Chose inouïe, les passants croisés dans la rue osent même
crier leur désaccord avec les manifestants et prendre à partie les profs, parents, etc présents dans le cortège ce matin...
Chose inouïe, parce que c'est quelquechose que c'est une agressivité et une hostilité de la "population" que je n'ai jamais ressentie à Paris. Peut-être tout simplement parce que les cortèges
sont plus importants et donc plus intimidants ? Faut-il regretter que le "vulgum pecus" donne son opinion lorsque des milliers de gens le font en défilant dans la rue? Certes non, mais lorsque
c'est fait avec agressivité, c'est autre chose. On croise toujours le poujadistes de base qui crient haut et fort "Poussez-vous, y'en a qui travaillent", ou alors le boulanger à sa fenêtre
hurlant "Si vous voulez du boulot, j'vous en donne moi, feignasses!".
La taille et la tranquillité des cortèges, comparées à ceux de Paris, sont aussi
choses étonnantes. Il est déjà inhabituel ici de manifester, alors, lorsqu'on le fait, faisons en faisant le moins de vagues possible! Heureusement, ce matin, les bruyants lycéens étaient de la
partie, pour mettre un tant soit peu d'ambiance, même si, peut-être/sûrement, tout comme moi lorsque j'étais à leur place, je défilais par pure fainéantise/désir de sécher ou par suivisme, sans
savoir vraiment pourquoi, ma conscience politique de l'époque étant aussi développée que le cerveau de la souris mentionnée au début. Voir aussi ces quelques voitures de police fermant le cortège
accompagnées de nettoyeuses, nous poussant presque pour que nous allions plus vite, renforce encore cette impression que vraiment, on dérange.
Quel plaisir tout de même de marcher sur les rails du tram et de voir ces annonces défiler sur l'écran normalement réservé aux horaires "En raison des manifestations, les trams sont interrompus",
Voir les visages incrédules des potentiels passagers nous regardant passer, sans comprendre qu'ils peuvent toujours attendre leur tram. Ce n'est pas un plaisir mesquin ni méchant que de les voir
ainsi, juste le constat que décidément, le protestataire alsacien est incompris, bien plus qu'ailleurs.
L'envie de les prendre à partie, leur expliquer que, si l'on défile, certains en famille, ce n'est pas que pour nous, ou que pour nos emplois ou nos salaires. Personne n'était ici ce matin pour
protéger son pré carré, mais bien la notion de service public, lorsque le gouvernement, pour améliorer la qualité de l'éducation, supprime des postes! Quand il faudra à ces gens financer sans
aucune aide l'éducation de leurs enfants, de la maternelle à l'université, ou débourser encore des fortunes pour se faire soigner dans une clinique privé hors de prix (mais en trouveront-ils, les
cliniques, par logique financière, refusant nombre de pathologies peu rentables!) et peut-être sans les compétences que l'on retrouve aujourd'hui dans un hôpital public que beaucoup choisissent
par conviction et dévotion (presque un sacerdoce!)...Alors tous ces badauds nous criant dessus ou nous raillant comprendront peut-être pourquoi nous faisons cela?
On pourra dire que nous faisons cela par pure idéologie, oui et alors? Fillon l'a bien dit la semaine dernière :
"On a emmené les français sur le terrain idéologique que nous souhaitions et je pense que c'est une grande
satisfaction." Pourquoi nous reprocherait-on de vouloir ramener le débat sur notre terrain idéologique à nous
?
Par Vendetta
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Publié dans : Résistances Politiques
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